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Matériel de plein air : en as-tu vraiment (autant) besoin ?

Est-ce que l’exploit du pleinairiste passe par la quantité et la qualité de son matériel? Certes, qui dit multiples activités dit nécessaire équipement pour s’y adonner… Inévitables, vos cinq sacs à dos, quatre imper-respirants, trois vélos  et deux paires de lunettes? Peut-être est-il temps d’éveiller la Marie Kondo en vous afin de (mieux) gérer votre matos de plein air. 

Il y a un je-ne-sais-quoi de satisfaisant à répliquer la succursale d’une boutique d’équipement de plein air chez soi: l’auteur de ces lignes ira d’emblée de ce mea culpa. Vous vous reconnaissez probablement: en cette ère de consommation, le gearshed (littéralement «abri à matériel») déborde et est souvent tellement polyvalent que plusieurs de ses accessoires y sont dédoublés. Est-ce malsain, superflu? 

Des conséquences découlent de la possession à outrance: rangement, budget, entretien et nettoyage… Il y a certes aussi des avantages à disposer d’autant de matériel spécialisé que d’activités pratiquées: la liberté d’action ainsi que l’indépendance figurent parmi ceux-ci, tout comme, avouons-le, une certaine satisfaction intrinsèquement liée au consumérisme. 

Devrait-on renouveler régulièrement ce matériel? Et l’achat d’équipement usagé, la location, la copropriété, est-ce aussi optimal? Le milieu du plein air (et ses manufacturiers) a, pour ce dédale de questions, autant de réponses. 

Caprices, modes ou nécessités? 

Phénomène résolument contemporain, l’art de s’ultraéquiper trouve sa source à la fois dans nos besoins et désirs (lesquels sont souvent confondus), mais aussi dans le marketing du plein air et les technologies qui se multiplient à la vitesse de l’éclair. Bien vulgarisée par le populaire aphorisme de Pierre-Yves McSween «en as-tu vraiment besoin?», la nécessité de possession est depuis plusieurs années sous la loupe de Damien Hallegatte, professeur en marketing à l’Université du Québec à Chicoutimi. L’auteur de l’ouvrage Le piège de la société de consommation évoque un problème économique à une incessante offre d’activités sportives; il utilise d’ailleurs fréquemment le plein air dans son bouquin afin de vulgariser la problématique. 

«À la base, dit-il, le plein air prône l’aventure, l’autonomie dans les grands espaces, la connexion avec la nature. Or, il s’agit davantage aujourd’hui, avec tous les équipements offerts, d’un contraste: notre équipement nous permet du confort, aux antipodes de l’aventure recherchée.» Il s’interroge sur l’hypersegmentation du plein air: on s’achète un chandail pour le vélo, un autre pour la course, un autre pour la grimpe… mais un seul chandail suffirait dans la majorité des cas! Cela mène, selon lui, à une pression sociale, où se distinguer grâce à son matos est devenu une obsession. 

«Il y a une hiérarchie qui passe par l’équipement: les mieux équipés forment une caste, au point où celui qui débute dans un sport peut ressentir une certaine intimidation. Cette forme d’élitisme passe par l’apparence; tout comme la voiture, l’équipement de plein air procure une forme de prestige social», conclut celui qui est aussi cycliste et qui donne l’exemple des innombrables «innovations» du monde du vélo de montagne. Les montures de carbone, les roues de 29 pouces, est-ce nécessaire pour le commun des mortels? À tout le moins, cela nous pousse à changer… nos vélos. Et les manufacturiers l’ont bien compris. 


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Le marché parallèle 

Raphaël St-Onge est le fondateur et l’administrateur de la page Facebook Vente et achat de matériel de plein air et articles connexes, laquelle compte plus de 57 000 membres. Il l’a démarrée à la suite d’un roadtrip de trois mois dans l’Ouest nord-américain, où le manque d’espace l’a contraint à traîner très peu de matériel, ce qui, selon lui, n’a pas du tout influencé ses activités de plein air. «À mon retour, j’ai essayé de me débarrasser d’un peu d’équipement que j’utilisais moins. J’essaie aussi de prêter ou louer de l’équipement à des amis quand je ne m’en sers pas», poursuit ce guide d’aventures, qui avoue lui-même ne pas louer ou emprunter grand-chose tellement son inventaire est complet. Il précise avoir loué un fatbike, car il était certain que l’achat de ce type de vélo se rentabiliserait difficilement selon l’utilisation qu’il en ferait. 

Pour Emmy Perreault-Turmel et son conjoint, qui ont profité d’un emploi dans une boutique de plein air pour construire un important inventaire de matériel, le partage est au cœur de l’idéologie derrière autant de possessions. «Nous avons toujours la possibilité de faire les sports que l’on veut, quand on veut, avec qui on veut. On peut surtout prêter du “stock” aux autres sans problème», précise la férue d’aventures. Le prêt de matériel permet aussi d’initier, voire d’agrandir son réseau de partenaires de plein air. Celle qui assume son dada du matériel confie qu’il s’agit d’une véritable passion. «Les gens “normaux” vont dépenser de l’argent dans les vêtements, le maquillage, les trucs de cuisine, les voitures, les voyages, l’abonnement au gym, la bière et les restaurants; moi, c’est le matériel de sport et de plein air», explique-t-elle. 

Raphaël St-Onge est aussi en accord qu’un imposant gearshed a d’indéniables avantages: «J’aime bien posséder le matériel dont j’ai besoin, puisque c’est facile d’organiser une sortie rapidement ou même d’initier des personnes en leur prêtant du matériel. Également, on se familiarise beaucoup avec celui-ci et on sait comment bien l’utiliser.» 

Il rappelle que la copropriété est une option à envisager sérieusement, surtout pour du matériel très dispendieux. «C’est une solution que j’ai commencé à déployer pour acheter du matériel super cher dont je ne me sers pas tous les jours. Par exemple, je possède en copropriété un téléphone satellite, une tente d’hiver, un canot duo d’expédition et un raft. Je crois que ce genre de partage devrait être de plus en plus considéré, mais il nécessite de bien établir les bases de partage au préalable. Ça peut éviter des frustrations, notamment s’il y a un bris», conclut l’instructeur de canot et de sauvetage en eau vive. 

Le succès et l’important achalandage de la communauté Facebook qu’il a lancée prouvent, selon lui, la nécessité et l’importance d’un marché d’occasion pour l’équipement de plein air. Les multiples plateformes qui y sont consacrées (dont celle d'Espaces.ca) en confirment la pertinence. Mais comme le rappelle Pierre-Yves McSween, pour qu’il y ait du matériel d’occasion, il faut que du neuf… soit acheté. Sécurité oblige, il est déconseillé de se procurer du matériel d’occasion pour les sports où la fiabilité du matériel est plus qu’essentielle, comme l’escalade. 


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Coûteux au portefeuille comme en espace, mais… 

Parmi les maniaques de matériel (communément nommé gearheads dans le milieu), Patrice Boulay et Marc-Olivier Chabot ont utilisé leur passion afin de fonder… leur propre boutique. Respectivement propriétaires de Pagaie Québec (magasin axé sur le nautique basé à Québec) et de Verti Call (boutique de matériel d’escalade en ligne), les deux passionnés prônent évidemment le neuf, mais s’entendent sur les inconvénients liés à la possession. «Ça prend de la place, mais quand tu es bien organisé, il y a moyen d’avoir une pièce de matériel spécialisé bien gérée. Et quand je veux renouveler un équipement et qu’il est encore en état acceptable, je me dis qu’il fera au suivant qui veut bien l’acheter pour pas trop cher», précise le kayakiste. 

Pour Raphaël St-Onge, il n’est pas évident de trouver l’espace nécessaire à l’accumulation de matériel, surtout lorsqu’on habite un appartement; plusieurs de ses connaissances y consacrent entièrement une pièce. Récemment, le magazine Outside a d’ailleurs déniché les cavernes d’Ali Baba pleinairistes les plus impressionnantes, sans toutefois remettre en question au passage la surconsommation qui y est associée. 

«Le plein air est en forte croissance, c’est indéniable, et les gens sont aujourd’hui conscients que la consommation de masse est un problème, poursuit Raphaël St-Onge. La solution la moins chère consiste évidemment à trouver du matériel usagé, un geste simple et efficace qui permet de réduire cette surconsommation.» Ou encore, lorsque vient le temps de se procurer ou de renouveler son matériel de plein air, à explorer diverses avenues qui minimisent l’achat à outrance… en commençant par se demander: «En as-tu vraiment besoin?» 


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Vente et achat 

Espaces 
Sa section «Petites annonces» compte plusieurs milliers d’articles de toutes sortes offerts à la vente, du piolet au kayak de mer en passant par le fatbike, l’imper-respirant et la balise de détresse. L’offre de produits se fait gratuitement. 
espaces.ca/petites-annonces

Kijiji 
La populaire plateforme d’achat et de vente est bien connue; moins répandues sont les alertes qu’on peut programmer à partir de mots clés précis, permettant qu’on soit avisé illico lorsque l’objet reluqué est disponible. kijiji.ca

Marketplace 
La plateforme de vente de Facebook connaît une explosion considérable: près d’un utilisateur du réseau social sur trois y aurait recours. L’offre en plein air y est omniprésente. facebook.com/marketplace 

Patagonia Worn Wear 
Le fabricant américain a créé sa propre plateforme, où il est possible d’acheter (et de vendre) ses vêtements. 
wornwear.patagonia.com 

Arc’teryx Rocksolid 
Avec ce programme, l’entreprise canadienne permet d’échanger de l’équipement usagé et d’en obtenir du nouveau pour moins cher. Il nettoie et répare ensuite le matériel récupéré avant de le revendre. rocksolid.arcteryx.com

The North Face Renewed 
Sur son site, l’équipementier écoule à prix réduit du matériel récupéré et retapé par ses bons soins.  thenorthfacerenewed.com

Vente et achat de matériel de plein air et articles connexes 
Cette page Facebook, dont il faut être membre pour y accéder, est explicitement destinée au plein air et compte 57000abonnés. Les férus se tournent souvent en premier lieu vers ce babillard pour se départir de leur équipement.  facebook.com/groups/ventematerielpleinair 


Location 

Quatre Natures 
Le pourvoyeur Quatre Natures, basé à Québec, offre la location de certains de ses équipements.  quatrenatures.com/location 

Cégep Édouard-Montpetit 
Ouverte à tous, la boutique plein air du Centre sportif de ce cégep montréalais est le plus important centre de location de matériel de plein air au Québec: tentes, sacs à dos, sacs de couchage, matelas, bottes, vélos, canots, raquettes, alouette! cegepmontpetit.ca/centre-sportif/services/boutique-location-plein-air 

MEC 
La coopérative canadienne déploie une offre assez colossale en matière de matériel à louer. Il suffit de choisir la succursale la plus près. mec.ca/fr/explore/gear-rentals 


Échange et partage d’équipement 

Spinlister 
Ce site de partage permet de louer un vélo, une planche à pagaie, un surf, des skis ou une planche à neige, partout dans le monde. spinlister.com

Événement Troc de La Cordée 
Chaque automne, le détaillant montréalais organise ce marché vert où les particuliers peuvent apporter leurs articles de plein air inutilisés. S’ils sont vendus lors de l’événement, ils donnent droit à une carte-cadeau échangeable à l’une des boutiques La Cordée. lacordee.com

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