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Kamouraska: des parois, de l'escalade et une gang de filles

Vendredi soir, les restes de la tempête Dorian s’amenaient sur le Kamouraska. Au même moment, une trentaine de grimpeuses de partout au Québec faisaient pareil pour le premier Festival d’escalade au féminin. Elles ne savaient pas à quoi s’attendre, surtout pas qu’elles grandiraient autant en deux jours.

« J’étais tannée de pas avoir d’amies pour grimper », dit Ingrid Sirois, qui a pris les grands moyens en organisant une fin de semaine d’escalade pour filles seulement. Par des amis communs, la cofondatrice des vêtements d’escalade Foehn a contacté l’équipe des gyms Délire pour lui proposer de co-organiser ce week-end où toutes les participantes pourraient se dépasser et apprendre, peu importe leur niveau. Quelques mois plus tard, tout était en place. L’énergie contagieuse d’Ingrid, doublée de celle des filles de Délire et de leurs compétences en escalade, coulaient une fondation solide pour la suite des choses.

 

« Salut, moi c’est… »

En arrivant au camping en soirée, presque personne ne se connait. C’est un peu comme au camp de vacances, quand tu arrives et que tu regardes les autres campeurs en te demandant si tu vas te faire des amis. Et finalement ça se passe tellement vite que tu ne comprends pas trop ce qui arrive, mais tu es déjà en train de taper sur la cuisse de ta voisine en lui racontant une bonne joke autour du feu.


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Malgré le froid qui mord plutôt fort pour le moment de l’année, on reste dehors à échanger et à visualiser nos deux journées. Celles qui n’ont jamais grimpé dehors ont hâte de toucher de la vraie roche, alors que les plus expérimentées sont impatientes de repousser leurs limites en premier de cordée. Le feu meurt tranquillement en même temps que nos dernières gouttes d’énergie, c’est l’heure du dodo.

 

De tout pour toutes

Après un petit yoga pour se réveiller en douceur et un déjeuner garantissant le succès de la journée, on se dirige en petits groupes vers les falaises de Saint-André. Ceux qui savent, savent. Ceux qui ne savent pas, eh bien on trouve à Kamou 120 voies de tous les niveaux et une vue incroyable sur le Saint-Laurent, ce qui en fait l’un des plus beaux sites d’escalade au Québec.

Les heures passent à une vitesse un peu irréelle. Les filles se promènent d’une clinique d’apprentissage à une autre, grimpent quelques voies, s’encouragent dans leurs petits et grands exploits. C’est beau. C’est beau d’une manière qui existe presqu’uniquement dans un environnement 100 % féminin.

Photo : Léa Beauchesne

Pour Laurence et Geneviève, la fin de semaine allait les aider à vaincre leurs peurs. Les deux grimpeuses ont commencé ensemble l’escalade. Après avoir progressé pendant presque deux ans, une mauvaise chute a complètement changé leur vision du sport. « J’ai vraiment failli m’éclater par terre », raconte Geneviève. C’est sa partenaire de toujours, Laurence, qui l’assurait du mieux qu’elle pouvait. Pour reprendre confiance, elles ont suivi la clinique dédiées aux chutes en premier de cordée le samedi, puis elles ont renoué avec la paroi en s’attaquant à de gros projets le dimanche. « C’est certain que d’être juste entre filles, on se sentait vraiment bien, c’est comme si personne ne te jugeait. Même pas toi-même! », explique Laurence.


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Chez les doyennes du groupe, le partage de connaissance va dans l’autre sens, mais le partage humain, lui, va dans les deux directions. « Je pense que j’en avais besoin », dit Lisa Lajoie, copropriétaire et cofondatrice de Délire, mais c’est en tant que personne qu’elle voulait participer à l’événement. « Depuis 20 ans, j’évolue comme femme d’affaires et comme grimpeuse dans un milieu d’hommes. On travaille fort, mais la reconnaissance, des fois, on en a besoin et on n’en a pas. »

Pendant deux jours, elle a soutenu et guidé des filles dans leurs projets en premier de cordée. « À la fin, j’étais étonnée de voir comment les filles m’ont remerciée de ce que j’ai fait en fin de semaine, même celles que je n’ai pas nécessairement coachées, mais avec qui j’ai juste échangé. Entre femmes, ça fait du bien, on s’écoute et on se comprend », souligne-t-elle sur un ton très humble.

 

Longue vie aux événements pour filles

Les femmes qui n’ont jamais participé à ce genre d’événement y voient souvent une espèce de rassemblement de filles « trop filles », qui vont chialer et crier pour rien. Hé bien non.

Photo : Léa Beauchesne

Beaucoup de filles se reconnaîtront dans l’idée qu’elles ont « juste des amis gars » avec qui pratiquer leur sport. Il n’y a rien de mal à ça et on aime toutes nos chums de ski hors-piste ou d’enduro. Mais c’est quand la dernière fois que votre ami vous a laissé prendre les devants dans la trail cotée « avancée » ou que vous vous êtes imposée pour mener une voie difficile? C’est rare. C’est rare parce qu’on ne veut pas déranger, qu’on ne veut pas essuyer des blessures d’orgueil, qu’on veut être one of the boys et ne pas chigner.


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C’est exactement dans cette possibilité de prendre toujours les devants en tant que femme que réside la force des événements girls only. Ce n’est pas une journée où on va moins forcer, bien au contraire. Une des participantes me racontait que son ami lui a demandé « si elle allait faire des activités de filles », durant la fin de semaine. Probablement que sa question se voulait gentille, mais c’est quoi au juste, des activités de filles? Une activité sur l’utilisation de la diva cup en camping?

Personne ne semblait avoir pensé que la magie opèrerait autant en 48 heures. Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment de moyen plus rapide de laisser tomber ses barrières face à l’autre que l’escalade. Tu abandonnes littéralement ta vie entre les mains de la personne qui tient ta corde.

On a ri, on s’est crispé de stress, on a sué sur la paroi, on a eu froid sous la pluie, on s’est éraflé les doigts, les genoux. Plusieurs ont même pleuré, un peu de joie, pas mal de peur. Et malgré tout, les filles sont toutes reparties de là encore plus belles et surtout, avec l’envie de dire : à l’année prochaine!

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